Programmes
Du récital solo au concert de musique de chambre, en passant par le mélodrame, j’aime mûrir chaque programme et me plonger dans des répertoires rares. Ils sont présentés ici de la même façon : leur effectif, leur durée, leur note d’intention et leur répertoire complet, dépliable. Tous se jouent aussi dans des formats adaptés — scolaires, jeune public, versions courtes. Fiches techniques et dossiers complets sur demande.
Récital piano solo
Trois façons d’entendre la musique, qui s’entrecroisent comme trois brins d’une guirlande éternelle : la polyphonie, la mélodie, le rythme.
Un programme éclectique, de la Renaissance au jazz, dans un répertoire d’œuvres connues et de transcriptions plus rares. Toutes les pièces explorent trois facettes essentielles de la musique : penser, c’est la polyphonie ; chanter, c’est la mélodie ; danser, c’est le rythme. Il est construit en cinq épisodes, dans lesquels les trois pièces s’enchaînent et se fondent par des improvisations.
Les musiques pour penser sont des pièces de Bach, qui conduisent d’un édifice polyphonique à un autre, de plus en plus grandioses, d’une voix jusqu’à huit. Les musiques pour chanter sont de grandes chansons anglaises et américaines, transcrites pour piano seul, du pop au jazz. Les musiques pour danser traversent quatre cents ans de danse, des Danceries de la Renaissance à la Danzón de Márquez, en passant par Schubert, Chopin et l’Irlande.
Duo violon et piano · disque paru en mai 2026
Huit compositeurs chassés d’Europe, devenus les architectes du son hollywoodien.
Korngold, Steiner, Waxman, Rózsa, Tiomkin, Berlin, Kaper, Previn : des musiciens que l’exil a menés d’Europe centrale aux studios de Los Angeles, et qui y ont inventé la musique de film telle qu’on l’entend encore. Quinze arrangements pour violon et piano, signés par les deux interprètes.
Quatrième volet du duo avec Isabelle Durin, après Romantisme hébraïque, Mémoire et cinéma et Un violon dans l’Histoire — dix-huit ans de travail commun autour de la mémoire et du cinéma. Le programme se joue en concert seul, ou avec projection de vidéos, d’images et de photographies issues de ces films.
Arrangements d’Isabelle Durin et Michaël Ertzscheid. L’ordre ci-dessus est celui du disque, regroupé par compositeur ; l’ordre de concert se fixe au cas par cas.
Teaser du disque
NoMadMusic NMM132 · 22 mai 2026
Récital piano solo · deux parties
Douze pièces où la lumière est le sujet même : clair de lune, collines écrasées de soleil, ténèbres et feux d’artifice.
Les pièces se répondent deux à deux, proposant chacune des éclairages contrastés. Le programme s’ouvre sur les arpèges solaires d’une toccata baroque italienne, pour se voiler d’un Scarlatti en fa mineur ; la douceur ouatée du Clair de lune de Debussy s’assombrit avec le nocturne en fa dièse mineur de Chopin ; et l’Almería d’Albéniz, avec ses à-plats de couleurs éblouissants, se referme sur la sonate en do dièse mineur de Beethoven.
Dans la seconde partie, les oppositions sont encore plus marquées. Scarlatti brille joyeusement dans sa sonate en mi majeur, à qui répond la bouleversante Mort d’Isolde ; les collines d’Anacapri de Debussy sont écrasées de soleil, quand le dernier nocturne de Fauré baigne dans une lueur chancelante et automnale. Enfin Darkness Visible de Thomas Adès, une pièce qui n’est faite que des notes d’un ayre de Dowland, dispersées jusqu’à devenir de la lumière, puis les Feux d’artifice, dernier des Préludes de Debussy, qui explosent et retombent.
Récitante et piano · mélodrames
Contes et musiques rares, mélodrames classiques et contemporains. La parole et le piano qui se répondent.
Dans l’histoire de la voix humaine, on ignore qui fut le premier, de la parole ou du chant. Peut-être le cri : celui de la mère enfantant, ou celui dit « primal » de poumons cristallins s’ouvrant à l’explosion de l’oxygène vital. Drame de l’existence, qui sera conté sous bien des formes afin que soit transmis aux petites et aux grandes oreilles le courage d’affronter les épreuves.
Depuis la nuit des temps, texte et musique avivent nos esprits et consolent nos sens. Ce cheminement culmine et fusionne dans les arts de la mélodie, de l’opéra ou de la chanson. Mais, à part, demeure le mélodrame. Ici, musique et paroles dialoguent : la voix du piano et celle de la récitante se mêlent sans se confondre, s’écoutent et s’interrogent. Les notes du pianiste et les mots dits tissent des récits imaginaires à la lisière des mondes.
Pièce primée par la Sacem dans le cadre de l’aide à la création, et au Concorso Internazionale di Composizione « Premio Città di Pescara ». Amers est un hommage au poème du même titre de Saint-John Perse, mort en 1975 ; elle a été composée plus particulièrement d’après la lecture de la strophe IX, « Étroits sont les vaisseaux », magnifique éloge de l’Amour.
Texte publié sous la direction de Marc Villemain. Prix Orange du Livre 2022, prix des librairies Folie d’Encre, prix de la librairie Coiffard.
Espagne, années trente. Des paysans s’éreintent dans les rizières du delta de l’Èbre pour le compte de l’impitoyable Marquise. Parmi eux grandit Toya, gamine ensauvagée qui connaît les parages comme sa poche. Mais le pays gronde, partout la lutte pour l’émancipation sociale fait rage, jusqu’à gagner ce bout de terre que la Guerre civile s’apprête à faire basculer. Grâce à l’arrivée de l’instituteur, la jeune fille s’éveille à un monde de littérature, de sensualité et d’engagement. Elle entrevoit alors un autre destin que celui promis aux habitants de son village.
Inspirée d’une vieille légende populaire corse contée par Claude Arrighi, cette œuvre s’inscrit dans l’ensemble des mélodrames conçus par Mařatka pour un comédien et un pianiste. Comme dans les autres, le compositeur confie au texte et à l’action un rôle de premier plan : sans créer de contrastes qui déplaceraient le récit vers d’autres contextes sémantiques, la musique complète ici la narration, qui domine l’œuvre.
Conte musical jeune public, sur un texte de Laurine Roux. C’est l’histoire d’une enfant, « la petite ». Une enfançon solitaire élevée entre un père triste et colérique et la Nonna, grand-mère affectueuse et protectrice. Sa mère, « l’Absentissime », elle ne la connaît pas : peau d’ébène, beauté lointaine, arrivée de la mer dans les filets du père, puis disparue.
Dans ce village de pêcheurs, on dit que la mère est celle par qui le malheur est arrivé. Que les morts ont surgi après elle, de plus en plus nombreux, et les poissons de moins en moins. Ce qui lui est arrivé ? Nul ne le sait. Reste la petite. Pour supporter l’absence de sa mère, le silence de son père et les quolibets des écoliers, elle s’invente un monde et trouve dans la douceur d’un morceau de coton réconfort et consolation.
Avec Chant de coton, Laurine Roux questionne tout en finesse les notions d’absence, d’immigration et de peur de l’Autre — un conte sur les souffrances de l’enfance, délicatement mis en musique par Florentine Mulsant.
Ténor, quintette à vent et piano · version concert
La bande originale de notre spectacle : dix-huit songs de Gershwin et Weill. Existe aussi en version mise en lumière.
Mis en miroir, Gershwin et Weill sont deux créateurs d’une même génération, épanouis dans le bouillonnement du New York des années trente à cinquante. Swing et grand lyrisme, parodies burlesques et ballades émouvantes, raretés à redécouvrir et succès inoubliables : le programme parcourt cet âge d’or dans des arrangements pour voix, quintette à vent et piano, dont une réduction de la Rhapsody in Blue parée des couleurs des vents.
Paroles d’Ira Gershwin, Maxwell Anderson, Ogden Nash et Langston Hughes. Arrangements pour voix, quintette à vent et piano de Michaël Ertzscheid et Frank Sibold.
Teaser
NoMadMusic NMM115 · 13 septembre 2024
Trio avec piano · avec lecture de lettres
Deux trios en ré mineur, composés à huit ans d’intervalle par une sœur et un frère.
À l’ombre des grands noms du romantisme, Fanny Mendelssohn (1805-1847) fut longtemps éclipsée par la célébrité de son frère Félix (1809-1847). Son œuvre, d’une intensité poétique et d’une maîtrise formelle remarquables, témoigne pourtant d’un talent égal et d’une voix singulière.
Ce programme réunit leurs deux trios en ré mineur pour offrir un dialogue fraternel à travers la musique : complicité, influences croisées, mais aussi la quête d’une expression propre pour Fanny, dans une société où composer en public lui était refusé. Des extraits de leurs lettres viennent donner chair à cette relation intime et artistique, racontant leurs échanges, leurs doutes et leur admiration mutuelle.
Récital piano solo
Un récital qui prend la composition comme un parcours de vie, en mettant en valeur les œuvres souvent les plus importantes pour tout musicien : les premières, leur entrée dans le grand monde musical, et les dernières, leur chant du cygne.
Ce programme traverse plus de deux siècles de musique en suivant non pas la chronologie des compositeurs, mais celle de leur vie.
Il pose, en creux, quelques questions. Comment s’aborde une première œuvre, un opus 1 ? Qu’est-ce qu’un chant du cygne ? Que dit l’écart entre l’œuvre d’un enfant de six ans et celle d’un homme de soixante-cinq ans ? Entre les espoirs et les regrets, l’innocence et la sagesse, un programme profondément émouvant, qui fait entendre ces génies sous des facettes plus rares.
Mazurka op. 68 n° 4 en fa mineur de Chopin, dernière œuvre
Musique de chambre · effectif type Pierrot lunaire · deux parties
Deux états, deux perspectives liquides : la pluie et la mer, l’eau atomisée et l’eau gigantesque.
Bachelard remarquait avec justesse, dans L’eau et les rêves, que la liquidité est le désir même du langage : le langage veut couler, et il coule naturellement. La musique aussi s’écoule, participe de cette liquidité rêvée, partage son élément berçant et mélancolique, et circule à travers les siècles et les continents, d’Orient en Occident.
Comme fil conducteur, impossible de choisir une construction trop solide ou trop fixe. Le programme laisse dériver des envies de musique et accepte que les liens émergent librement.
Mon intention est que ces pièces passent par les différentes métamorphoses de la mer de la tonalité, comme l’eau circulant dans l’Univers.Tōru Takemitsu
Dans la production de Takemitsu se trouvent plusieurs cycles fondés sur la contemplation ; Rain Coming participe de la contemplation de la pluie, comme Garden Rain, Rain Tree et Rain Spell. Brahms, bien avant, avait fait de la pluie la matière d’une sonate.
L’opus 78 fut écrit en 1878. Comme le remarque Fériel Kaddour, les événements du discours musical y semblent rêvés plus que décidés : l’exposition est d’une souplesse et d’une liberté qui tranchent avec la véhémence habituelle de Brahms, et le développement, lieu normalement dévolu à la tension, y gagne en concision plutôt qu’en grande élaboration. L’inspiration thématique vient d’un lied, l’opus 59 n° 3, Regenlied, dont le thème traverse les trois mouvements comme un motif cyclique.
Le poème de Klaus Groth (1866) appelle la pluie à tomber à verse, pour réveiller les rêves de l’enfance et les vieilles chansons chantées dans le couloir quand l’eau écumait dehors sur le sable.
Clara Schumann aimait particulièrement ce lied. Après avoir reçu une copie manuscrite de la sonate, elle écrivit à Brahms le 10 juillet 1879, bouleversée d’y retrouver, au troisième mouvement, « sa » mélodie chérie. La sonate fut composée durant les étés 1878 et 1879, alors que Clara soutenait son plus jeune fils Félix — filleul de Brahms — dans son combat contre la tuberculose ; Félix mourut en février 1879, à vingt-quatre ans. Un manuscrit du deuxième mouvement, conservé à Vienne, porte au dos une lettre de Brahms à Clara datée de ce même mois, laissant penser que l’Adagio fut écrit pour lui dire, mieux que par la parole, combien il pensait à elle et à Félix.
Composée à l’origine pour illustrer le film expérimental Regen (1929) de Joris Ivens, l’œuvre naît des recherches qu’Eisler mena de 1940 à 1943 à la New School for Social Research de New York, sur une bourse de la Fondation Rockefeller, pour explorer un langage musical d’avant-garde au cinéma, loin des clichés hollywoodiens. Il la dédia à son maître Schoenberg pour son soixante-dixième anniversaire, le 13 septembre 1943 : langage dodécaphonique, hommage à la formation du Pierrot lunaire, jeux cabalistiques de lettres et de chiffres autour du nombre 70, et monogramme de Schoenberg tissé dans la série.
Je projetais de composer une « mer de la tonalité ». Ici, la mer est figurée par mi bémol – mi – la, un motif ascendant de trois notes.Tōru Takemitsu, conférence de Tokyo, 1984
En allemand, ces trois notes s’écrivent eS – E – A : sea. Dédiée à ses commanditaires Pamela Frank, Yo-Yo Ma et Peter Serkin, Between Tides est l’une des plus belles pages de Takemitsu : une musique qui progresse par ondes, portée par une harmonie délicate, alternant énoncés calmes et matériau plus agité, comme une surface troublée par le vent. Comme l’écrit Malcolm McDonald, l’influence française y côtoie une impression finale aussi japonaise qu’une estampe de Hokusai.
Debussy fut fasciné, comme Takemitsu après lui, par les marines de Hokusai et Hiroshige ; il choisit La Grande Vague de Kanagawa pour la couverture de la première édition. Il se disait en 1903 destiné à la merveilleuse vie de marin, détourné par le seul hasard, et n’en conservait pas moins une passion sincère pour la mer. L’œuvre, entreprise en Bourgogne loin de tout rivage, traduit en trois tableaux le caractère insaisissable et mouvant de la mer, son flux et son reflux, par temps calme et sous la tempête.
Pour programmer
Tous ces programmes existent en versions courtes, scolaires ou jeune public, et plusieurs se combinent. Les fiches techniques, les dossiers complets et les photographies en haute définition sont disponibles sur demande.